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Forêts anciennes

Forêt ancienne

artiste: Nadia Berghella

Qu’est-ce qu’une forêt ancienne?
Le sol des forêts anciennes : un milieu grouillant de vie
Les foreurs d’arbres
Les ratisseurs d’écorce
Les rapaces diurnes
Les rapaces nocturnes
Les mammifères des forêts anciennes

Qu’est-ce qu’une forêt ancienne?

Une forêt ancienne est un écosystème forestier ayant atteint un état ultime de stabilité (climax). Les espèces végétales et animales constituant cet écosystème (biocénose) vivent en parfait équilibre entre elles et avec le milieu physique qu’elles occupent (biotope).

Les forêts anciennes se composent d’arbres de tous âges, mais elles se distinguent particulièrement par l’abondance de grands arbres âgés, de chicots et de bois mort pourrissant au sol. Ces éléments sont indispensables à certaines espèces fauniques qui les utilisent pour satisfaire leurs besoins vitaux : nourriture, abri, protection contre les prédateurs, etc. La survie de ces espèces serait en péril si leur habitat venait à disparaitre.

ICI, au parc

Les vallées du ruisseau Beaudoin et du ruisseau du Milieu logent chacune de vieux peuplements dominés par le bouleau jaune et le sapin baumier. Certains de ces bouleaux jaunes, appelés incorrectement merisiers au Québec, dépassent l’âge vénérable de 300 ans et atteignent une taille colossale; leurs troncs faisant parfois plus de 100 centimètre de diamètre!

Deux aires protégées ont été créées pour préserver ces peuplements. La forêt ancienne du Ruisseau-Beaudoin, dans laquelle vous marchez, couvre une superficie de 51 hectares (510 000 m2). La forêt ancienne du Ruisseau-du-Milieu couvre 149 hectares (environ 1,5 km2) et constitue le plus grand écosystème forestier exceptionnel (EFE) de la région de Chaudière-Appalaches. La protection de ces forêts permet du même coup d’assurer la survie des espèces animales et végétales dont elles sont l’habitat.

Le saviez-vous?

Après une perturbation (incendie de forêt, coupe forestière, chablis, etc.), des espèces végétales colonisatrices s’approprient l’espace laissé vacant, comme le bouleau blanc, le peuplier, le saule, etc. Différentes associations végétales se succèdent ensuite au fil du temps. À son stade final, ce long processus aboutit au retour à un état stable; une forêt ancienne. Dans certains cas, cela peut prendre plusieurs siècles

Le sol des forêts anciennes : un milieu grouillant de vie

N’ayant pas subies de perturbations humaines, les arbres peuplant les forêts anciennes vieillissent et meurent sur place, souvent après avoir atteint des tailles colossales. Ces pourquoi, le sol y est jonché de gros troncs à divers stades de décomposition. Cette abondance de bois humide pourrissant au sol abrite et nourrit quantité d’invertébrés : lombrics, insectes, limaces, araignées, cloportes, mille-pattes, etc. Ils participent pour la plupart au recyclage de la matière organique en transformant le bois et les feuilles mortes en humus qui enrichit et fertilise le sol. Ces invertébrés sont la source de nourriture de plusieurs animaux insectivores : grives, musaraignes, salamandres, grenouilles, crapauds, etc. La conservation des vieilles forêts assure le maintien des habitats de l’ensemble de ces organismes exploitant la litière forestière.

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Grive des bois (Hylocichla mustelina)

La plupart des grives ont un chant remarquable. Celui de la grive des bois est particulièrement puissant et musical. On l’apprécie, le plus souvent, dans le calme du soleil couchant. Dans le sous-bois, on la repère souvent au bruit qu’elle fait en grattant les feuilles de ses pattes et de son bec à la recherche d’invertébrés. La grive des bois habite presque exclusivement les forêts dominées par de grands feuillus. Sa population est en baisse au Québec.

Paruline couronnée (Seiurus aurocapillus)

Cette paruline s’est déguisée en petite grive. Elle en a aussi adopté le comportement, en chassant au sol. Son chant est facile à reconnaître ; elle répète inlassablement « ti-pied, ti-pied, ti-pied ». Son nid, construit au sol, est recouvert d’un dôme d’herbage qui ressemble à un four à pain. De là, le nom anglais de l’oiseau « oven bird ». La paruline couronnée est très sensible au morcellement de son habitat. Elle préfère les vieilles forêts feuillues, très denses, de plus de 300 hectares.

Le saviez-vous?

Les salamandres sont rarement aperçues puisque durant le jour elles se dissimulent sous le bois mort qui traine au sol en abondance dans les vieilles forêts. Elles se mettent ainsi à l’abri des prédateurs mais aussi de la chaleur car elles ont un grand besoin de fraicheur et d’humidité. Elles sortent la nuit venue pour chasser. La taille de leur territoire est souvent très réduite (moins de 1 m2) mais elles peuvent le défendre férocement contre leurs congénères.

Les foreurs d’arbres

Photo by M. RehemtullaLes pics sont sans doute les animaux les plus emblématiques des forêts anciennes car leur survie dépend des arbres sénescents et morts présents en abondance dans ces habitats. En les frappant de leur bec robuste, ils y creusent des perforations dans lesquelles ils glissent leur longue langue collante pour attraper les insectes et les larves dissimulés à l’intérieur. Ce faisant, ils épouillent les vieux arbres d’une grande quantité de leurs parasites, préservant la santé et prolongeant la vie des plus vénérables représentants des forêts anciennes. Les pics élèvent leur couvée dans une cavité qu’ils creusent à l’intérieur d’un vieil arbre dont le cœur est attendri par l’âge. Les forêts matures fournissent donc à la fois nourriture et sites de nidifications à ces oiseaux.

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De la taille d’une corneille, le Grand pic (Dryocopus pileatus) creuse une nouvelle cavité de nidification chaque année et utilise aussi deux ou trois anciennes cavités comme sites de repos. La superficie de son domaine vital varie de 100 à 500 hectares. Les couples de grands pics, appariés pour la vie, sont aussi fidèles à leur territoire de nidification. Ils ne migrent pas en hiver. Le nid est creusé dans un chicot de plus de 35 cm de diamètre.

Le Pic chevelu (Picoides villosus) préfère les forêts feuillues ou mélangées âgées. Aux printemps, pour affirmer sa domination sur un territoire et se signaler auprès du sexe opposé, il produit un puissant bruit de marteau-piqueur. Il l’obtient en martelant rapidement de son bec un arbre creux qui agit comme une caisse de résonnance.

Le Pic maculé (Sphyrapicus varius) crée des rangées de perforations dans le bas des troncs afin de se délecter de la sève sucrée. C’est pourquoi les anglophones l’on nommé sapsucker (suceur de sève). Les colibris profitent volontiers de cette manne offerte par le pic maculé. Contrairement aux autres espèces de pics qui fréquentent le massif du sud, il quitte nos régions l’hiver pour séjourner dans le sud des États-Unis.

Le saviez-vous?

En plus de détruire un grand nombre de parasites d’arbres, le grand pic est utile à de nombreux oiseaux et mammifères. Les cavités qu’il creuse sont utilisées par plusieurs espèces de hiboux et de mammifères arboricoles comme la martre d’Amérique et le polatouche. Elles sont souvent les seuls abris disponibles d’une dimension suffisante pour ces utilisateurs secondaires.

Les ratisseurs d’écorce

Outre les pics, d’autres oiseaux parcourent aussi les troncs à la recherche d’insectes, sans toutefois y percer de trous car ils chassent en surface les petites bestioles dissimulées dans les craquelures de l’écorce. Ils ont une préférence pour les arbres matures, car ceux-ci présentent habituellement une plus grande densité de proies. Par ailleurs, il est énergétiquement plus rentable d’inspecter quelques gros troncs plutôt qu’une multitude de petits. Ils utilisent également les vieux arbres pour leur nidification. Pour toutes ces raisons, les peuplements matures sont leur habitat de prédilection. La conservation de forêts anciennes est donc favorable à ces oiseaux tandis que les coupes forestières leur sont nuisibles. L’application de mesures de développement durable telles que la conservation des vieux arbres et des chicots et la protection de la régénération végétale permet néanmoins d’atténuer les effets négatifs de l’exploitation forestière sur les ratisseurs d’écorce.

La forêt ancienne du Ruisseau-Beaudoin abrite les espèces suivantes :

Le Grimpereau brun (Certhia americana) est un minuscule oiseau qui explore les gros troncs vivants ou morts, en montant en spirale de la base au sommet. Son bec effilé lui permet de prélever efficacement ses proies. Arrivé à la cime, il vole jusqu’à la base d’un autre arbre et recommence. Tout comme chez les pics, la queue du grimpereau est faite de plumes rigides se terminant par des pointes épineuses, ce qui lui permet de l’utiliser comme appui contre l’écorce. Pour échapper à ses prédateurs, il s’immobilise en s’aplatissant sur un tronc. Sa coloration le rend alors presque invisible. Le grimpereau est monogame. Le couple construit habituellement son nid sous un lambeau d’écorce soulevée d’un arbre mort.

La Sittelle à poitrine rousse (Sitta canadensis) trouve ses proies en explorant les troncs le plus souvent la tête en bas. Pour cette raison, elle ne peut prendre appuie sur sa queue. Celle-ci est courte afin d’éviter qu’elle ne frotte contre l’écorce rugueuse, ce qui gênerait l’oiseau dans ses mouvements et abimerait son plumage. À la manière des pics, elle creuse une cavité dans un vieil arbre pour y élever sa couvée. Les sittelles forment des couples fidèles qui restent en contact par leur cri : une succession de « hank, hank, hank… » monotone.

Le saviez-vous?

Se tenant la tête en bas, la sittelle obtient une perspective différente de celle du grimpereau. Ainsi, ils peuvent simultanément parcourir un tronc sans se nuire mutuellement, car ils trouveront chacun des insectes dissimulés sous des angles différents. Bien qu’ayant un mode de vie similaire, la sittelle et le grimpereau se sont spécialisés de manière à réduire au minimum leur compétition.

Les rapaces diurnes

Certaines espèces d’oiseaux de proie sont spécialisées pour la chasse en forêt. Les éperviers notamment possèdent des ailes courtement arrondies et une longue queue qui leur permettent de manœuvrer habillement entre les troncs et les branches afin de pourchasser d’autres oiseaux en plein vol. Leur grande taille leur fait préférer les forêts dominées par de grands arbres dont les troncs sont distancés les uns des autres et qui offrent un espace relativement dégagé sous la canopée, ce qui leur permet d’y voler sans gêne. Le déboisement et le rajeunissement des forêts causés par l’exploitation forestière tendent à les remplacer par d’autres rapaces mieux adaptés à ce type d’habitat, comme les buses, les busards et les faucons. C’est pourquoi la protection des forêts anciennes est d’un grand secours au maintien des populations de rapaces forestiers.

La forêt ancienne du Ruisseau-Beaudoin abrite les espèces suivantes :

Comme la plupart des autres éperviers, l’Épervier de Cooper (Accipiter cooperii) est spécialisé dans la chasse aux oiseaux des sous-bois. Il mange aussi des écureuils et des tamias (suisses). La disparition progressive des forêts matures de grande superficie serait une des causes de son déclin.

L’Autour des palombes (Accipiter gentilis) est le plus grand des éperviers. Les proies les plus courantes de l’autour sont les grives, les merles, les gélinottes, les corneilles, les geais et les pics. Il s’attaque aussi aux écureuils. La nidification est hâtive (début avril). Le nid est placé dans la fourche d’un grand feuillu et peut mesurer près d’un mètre de diamètre. Les parents défendent le nid en attaquant tout intrus dans un rayon de 100 m. L’autour n’est pas abondant; on compte rarement plus d’un couple par 40 km2 de forêt.

La Buse à épaulettes (Buteo lineatus) chasse surtout à l’intérieur de la forêt, contrairement aux autres espèces de buses qui planent souvent à grande altitude. Elle mange surtout des petits mammifères (rongeurs, musaraignes), des reptiles (couleuvres) et des amphibiens (crapauds et grenouilles). Elle capture parfois des oiseaux, notamment des oisillons. La raréfaction des vieilles forêts feuillues au couvert dense est néfaste pour cette espèce.

Le saviez-vous?

Pour une raison incertaine, chez la plupart des rapaces, la femelle est plus grande que le mâle. Cette différence de taille entre les sexes est particulièrement étonnante chez les éperviers où la femelle est souvent près de deux fois plus massive que son partenaire.

Les rapaces nocturnes

Du haut de leur poste de guet, les hiboux et les chouettes scrutent l’obscurité à l’affut du moindre signe de présence d’un repas potentiel. L’essentiel de leur diète se compose de mammifères qu’ils attrapent au sol. Les forêts anciennes sont un habitat incontournable pour certaines espèces de rapaces nocturnes. Durant le jour, le couvert dense de ces forêts capte l’essentiel de la lumière disponible pour la photosynthèse. L’espace en dessous étant très ombragé, la strate arbustive y est relativement peu abondante. Ces forêts de grands arbres matures offrent donc aux rapaces nocturnes une vue et un accès dégagés au parterre, ce qui leur facilite la tache. En outre, certains d’entre eux nichent dans des arbres creux, utilisant le plus souvent d’anciens trous de pics. Leur reproduction est donc fortement dépendante de ces créateurs de cavités et des vieilles forêts qui sont leur habitat.

La forêt ancienne du Ruisseau-Beaudoin abrite les espèces suivantes :

La Chouette rayée (Strix varia) a absolument besoin de gros arbres creux pour y nicher. Elle utilise habituellement un ancien trou de grand pic. Elle préfère donc les forêts matures où ces logis sont le plus fréquents. Elle partage sensiblement le même habitat que la buse à épaulettes et, comme cette dernière, elle chasse surtout les petits mammifères (rongeurs, écureuils, musaraignes,…). La chouette rayée est souvent très bruyante et peut pousser des cris terrorisants.

La Petite nyctale (Aegolius acadicus) est une petite chouette qui se nourrit de souris et de musaraignes. Elle niche dans des cavités creusées par les pics mais peut aussi utiliser des nichoirs artificiels. Le plumage des juvéniles arbore une coloration si différente de celle des adultes qu’il fut un temps où on croyait avoir affaire à deux espèces distinctes.

Le saviez-vous?

Chez les rapaces nocturnes, les plumes des ailes sont soyeuses afin de rendre le vol silencieux. Leur cou peut tourner sur 270 degrés. Les yeux sont dotés d’une vision nocturne et sont entourés de larges disques faciaux qui dirigent le son vers les oreilles, cachées sous les plumes, leur permettant de chasser à l’ouïe dans le noir.

Les mammifères des forêts anciennes

Les forêts anciennes sont des habitats préférentiels pour un certaines espèces de mammifères. Parmi celles-ci, nous retrouvons notamment la grande musaraigne, le polatouche, la belette à longue queue et le pékan. Plusieurs d’entre eux sont d’habiles grimpeurs et des utilisateurs secondaires de cavités aménagées et occupées initialement par des pics.

La forêt ancienne du Ruisseau-Beaudoin abrite les espèces suivantes :

Le Grand polatouche (glaucomys sabrinus) aussi appelé écureuil volant, ne vole pas vraiment; il plane! Et il peut le faire sur plus de 50 m en partant de la cime d’un grand arbre et même virer à 180 degrés en plein vol en utilisant sa queue comme gouvernail. La membrane reliant ses quatre membres dont il se sert pour planer s’appelle un patagium. Il vit dans les forêts matures dominées par de grands feuillus. Cet habitat lui offre à la fois de hautes rampes de lancement et un espace dégagé sous le couvert forestier pour planer sur de grandes distances. De plus, ces peuplements comportent une bonne concentration de trous abandonnés par des pics qui lui servent de logis. Le polatouche est de mœurs nocturnes, s’est pourquoi il est rarement observé. Son alimentation est extrêmement variée. Actif toute l’année, il accumule des réserves de nourriture pour passer l’hiver.

Le Pékan (Martes pennanti) est une très grosse martre (près d’un mètre de long avec la queue). Agile et bon grimpeur, il s’abrite et élève ses petits dans un gros arbre creux ou sous une souche. Il chasse le lièvre, les écureuils, et les petits mammifères. C’est aussi un des rares prédateurs du porc-épic. Le pékan est solitaire. Il occupe un vaste territoire (10 à 40 km²) qu’il délimite avec les sécrétions musquées de ses glandes anales. L’espèce a été décimée par le piégeage au 20e siècle mais redevient abondante à plusieurs endroits.

La Chauve-souris cendrée (Lasiurus cinereus) est la plus grande des chauves-souris du Canada. Malgré sa taille impressionnante, pouvant atteindre jusqu’à 40 cm d’envergure, c’est une espèce extrêmement discrète et rarement aperçue. Au Québec, sa situation est considérée comme préoccupante. Cette chauve-souris chasse les gros insectes et les papillons de nuit au-dessus des étangs, des clairières et des ruisseaux en forêt. Elle passe la journée accrochée dans le feuillage des arbres. Elle loge parfois dans des trous de pics. À l’automne, elle migre vers le Mexique.

Le saviez-vous?

Le polatouche est un grand consommateur de truffes. Il joue un rôle écologique très important en participant à la dispersion des champignons mycorhiziens qui favorisent la croissance et la santé des arbres.