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L’omble de fontaine

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artiste: Nadia Berghella

L’omble de fontaine, communément appelé « truite mouchetée », est le poisson le plus pêché au Québec. Une enquête de Pêches et Océans Canada estime qu’en 2010 seulement, plus de 16 millions d’individus ont été capturés dans la province. À cause de sa popularité, cette espèce risque cependant la surexploitation.

Sa coloration est variable selon l’habitat dans lequel il évolue et plus intense en période de reproduction. Son dos va de vert olive à presque noir avec des marbrures pâles sur un fond sombre. Ses flancs sont pourvus de taches pâles et de quelques petites taches rouges entourées d’un halo bleu. Les nageoires inférieures ont une bordure blanche et l’extrémité de la queue (nageoire caudale) est presque carrée. Sa bouche est grande et munie de dents bien développées. Les adultes mesurent de 20 à 30 cm en moyenne. Les mâles ont parfois un crochet à l’avant de la mâchoire inférieure.

Omble de fontaine

Son régime alimentaire carnivore est extrêmement varié selon la disponibilité des proies : vers, sangsues, mollusques, crustacés, insectes, araignées et petits poissons. Même les grenouilles, les salamandres, les couleuvres et les souris peuvent parfois faire partie de sa diète.

ICI, au parc

L’omble de fontaine est l’unique espèce de poisson à habiter les ruisseaux et les petites rivières de montagne du Massif du Sud. Les nombreuses cascades dans lesquelles l’eau froide et cristalline est mélangée à l’air la rendent très oxygénée, tandis que l’ombrage des arbres limite son réchauffement par le soleil. Le relief entraîne aussi un écoulement rapide qui évacue les particules fines vers l’aval, laissant sur place un lit graveleux convenant parfaitement à la reproduction de l’espèce. En outre, la basse température et la faible abondance de proies disponibles rend ces rivières peu hospitalières aux autres espèces de poissons, ce qui permet à l’omble de fontaine de jouir de cet habitat sans subir de compétition. À quelques dizaines de kilomètres en aval, il trouve davantage de nourriture, mais aussi des eaux plus chaudes, moins oxygénées, et la présence d’autres espèces de poissons avec lesquelles il se dispute les ressources alimentaires.

Le saviez-vous?

L’omble de fontaine appartient à la même espèce que la truite de mer. Cette dernière est dite « anadrome ». Cela signifie qu’elle est migratrice, vit en eau salée, et remonte dans les cours d’eau douce pour se reproduire. Les truites de mer sont plus argentées et leurs taches sont moins apparentes.

Habitat

L’omble de fontaine préfère les eaux froides, claires et bien oxygénées des ruisseaux, des rivières et des lacs. Les cours d’eau constitués d’une alternance de fosses et de rapides, de blocs rocheux et d’abris variés caractérisent leur habitat de prédilection. Présent dans la majorité des cours d’eau du Québec, il est cependant très vulnérable à la dégradation de son habitat.

ICI, au parc

Les ruisseaux et les petites rivières de montagne du Massif du Sud correspondent à l’habitat typique de l’omble de fontaine durant ses premiers stades de vie. Les adultes remontent le courant sur plusieurs kilomètres pour atteindre ces eaux froides, limpides, peu profondes et dotées d’un fond de gravier afin de s’y reproduire. Ce type d’habitat se situe le plus souvent en tête des bassins versants. Ceci fait du parc la grande pouponnière des ombles de fontaine peuplant la région. C’est pourquoi la préservation de cet habitat est d’une importance capitale pour le maintien des populations d’ombles dans les rivières environnantes.

Le frai a lieu à la fin de l’été ou au début de l’automne; le mâle est alors plus agressif et fait la cour à la femelle. La femelle creuse un nid dans le lit de la rivière et, selon sa taille, pond entre 100 et 5000 œufs, de 3,5 à 5 mm de diamètre, qu’elle recouvre de gravier. Les œufs éclosent après 50 à 100 jours et les alevins émergent du gravier au printemps. Les adultes ne protègent ni le nid ni les jeunes.

Le saviez-vous?

Alevins-Émilie Prouxl_dfo-mpo.gc.caLe stade alevin est très critique dans la vie d’un poisson puisque qu’il est alors très peu mobile et très vulnérable à la prédation et aux perturbations de son habitat. Les plantes riveraines ou aquatiques, les arbres tombés dans l’eau ainsi que les rochers leur servent d’abris pour se dissimuler.

Lexique :

Frai : rapprochement sexuel chez les poissons, durant lequel la femelle pond des œufs et le mâle les féconde.

Alevin : jeune poisson vivant encore aux dépens de réserves nutritives logées dans une vésicule ventrale nommée sac vitellin.

L’impact des activités humaines sur l’habitat de l’omble de fontaine

L’omble de fontaine est une des premières espèces à disparaître à la suite de la détérioration d’un cours d’eau. Il est particulièrement vulnérable aux élévations de la température de l’eau. La coupe des arbres à proximité des rives crée de l’ensoleillement, ce qui a pour conséquence d’augmenter la température de l’eau et de réduire sa capacité d’oxygénation. Dans plusieurs rivières du sud du Québec, il tend à être délogé par la truite arc-en-ciel ou par d’autres espèces mieux adaptées à des eaux plus chaudes ou plus tolérantes à la pollution.

Par ailleurs, le compactage du sol exercé par la machinerie et le défrichage fréquent des rives les rendent sujettes à l’érosion. Celle-ci met en circulation des particules fines qui augmentent la turbidité de l’eau et entrainent la formation de dépôts vaseux dans les frayères, ce qui nuit gravement à la reproduction de l’omble.

ICI, au parc

La présence de l’omble de fontaine au Massif du Sud est un indicateur de l’excellente santé de ses cours d’eau. La quasi-absence de sources de pollution et les caractéristiques physiques de ses rivières (froides, limpides, oxygénées, graveleuses…) en font un habitat d’une qualité exceptionnelle pour cette espèce. Afin de protéger l’intégrité de cet habitat, les MRC de Bellechasse et des Etchemins ont conclu, en 2014, une entente avec le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs du Québec encadrant l’aménagement et l’exploitation forestière dans le parc. Aucune coupe forestière n’est permise sur une distance de vingt mètre de chaque côté des cours d’eau. Au-delà, dans la lisière située entre 20 m et 100 m, les coupes ne peuvent dépasser 40% du couvert forestier. De plus, en vertu de cette entente, les bassins versants de la rivière du Milieu et du ruisseau Beaudoin font maintenant l’objet d’une protection intégrale.

Puisque ces eaux et leur population d’ombles se prolongent dans les rivières de la région, les bienfaits de ces mesures s’étendent au-delà des limites du parc. En s’éloignant du Massif du Sud, elles rencontrent cependant, diverses sources de pollution et de détérioration de l’habitat dont les effets s’accumulent. L’intégrité écologique de ces rivières est par conséquent inégale; élevée en amont, elle se détériore graduellement en allant vers l’aval.

Le saviez-vous ?

Les fertilisants et les installations septiques représentent des sources de pollution diffuse. Ils augmentent insidieusement la concentration d’azote et de phosphore dans l’eau, ce qui cause une croissance excessive des plantes aquatiques et, dans des cas extrêmes, une intoxication ou une asphyxie des poissons.