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L’orignal, géant de nos forêts

Orignaux

artiste: Nadia Berghella

Répartition géographique et habitats

L’orignal (Alces alces) fréquente les forêts mixtes et boréales des continents nord-américain et eurasiatique où il est appelé élan. En Amérique du Nord, l’espèce occupe un vaste territoire qui s’étend de l’Alaska jusqu’à l’île de Terre-Neuve. On estime qu’entre 500 000 et un million d’individus occupent le territoire canadien.Répartition

ICI, au parc

Au Massif du Sud, les orignaux habitent principalement les étages supérieurs, où le climat alpin produit une végétation à dominance résineuse. Les chances d’apercevoir cet animal sont donc plus élevées en s’approchant des sommets. Pour combler ses multiples besoins vitaux et s’adapter aux changements de saisons, l’orignal doit fréquenter une variété d’habitats. La coexistence de ses divers habitats dans le parc explique la très forte population d’orignaux qui s’y trouve. Des études réalisées en 2004 et 2005 ont permis de constater que le territoire possède une densité de 13 bêtes par 10 km2, comparativement au reste de la région qui en compte six par 10 km2 en moyenne. Ces habitats sont :

  • Des milieux ouverts, naturellement ou en raison d’activités forestières, ayant une abondante strate arbustive pour s’alimenter;
  • Des milieux humides offrant une nourriture de plantes aquatiques riches en minéraux et une aire de rafraîchissement en période estivale;
  • Des forêts denses servant de couvert de fuite, réduisant la mortalité attribuable à la chasse;
  • Des forêts résineuses lui permettant de se reposer à la fraicheur de l’ombre en été et de se protéger du vent pour mieux conserver sa chaleur en hiver.

Cette mosaïque d’habitats doit être conservée pour maintenir la forte densité d’orignaux au Parc régional du Massif du Sud.

Le saviez-vous?

L’orignal s’accommode assez bien de l’exploitation forestière puisqu’elle accroit la densité arbustive et donc, l’abondance de sa nourriture. Cela explique, en partie, pourquoi l’espèce est présente en de nombreux endroits où elle était absente avant la colonisation, notamment dans le Centre-Nord de l’Ontario et le sud de la Colombie-Britannique. Au Québec, ce n’est qu’au début du 20e siècle que l’orignal s’est répandu sur la côte nord du golfe du Saint-Laurent. De plus en plus, il se déplace vers le nord, dans la forêt clairsemée de transition qui précède les grands espaces dénudés de la toundra.

Constitution

L’orignal est le plus grand représentant de la famille des cervidés au monde; famille qui comprend aussi le caribou et le cerf de Virginie. La hauteur à l’épaule du mâle peut atteindre les deux mètres. Son poids varie entre 329 et 635 kg et celui de la femelle entre 227 et 408 kg. Les nouveau-nés pèsent de 11 à 16 kg. Les adultes ont le corps brun foncé et les jambes grises. Ils possèdent un fanon (ou barbiche) sous la gorge, une bosse sur les épaules et un mufle pendant.

Seuls les mâles portent un panache aussi appelé « bois ». La croissance du panache débute en avril et se poursuit jusqu’en août. En septembre, le velours qui recouvre les bois tombe. Le panache des plus vieux mâles est perdu au mois de décembre ou de janvier alors que celui des plus jeunes l’est en février. Les premières années, le panache du mâle est moins imposant et ce n’est que vers l’âge de quatre ou cinq ans qu’apparaît la ramure caractéristique en forme de larges palettes recourbées, dont l’envergure peut dépasser 1,5 mètre.

ICI, au parc

TraceEn raison de sa grande taille, l’orignal emprunte volontiers les sentiers aménagés du parc pour faciliter ses déplacements. Les signes de sa présence sont abondants et faciles à interpréter pour le randonneur attentif. Ses empreintes montrent un sabot fendu, semblable à celui de son cousin le cerf mais nettement plus grand et large. Ses excréments sont des amoncellements de boulettes ovoïdes d’environ un pouce de long.

Les arbustes ayant des rameaux sectionnés et les jeunes arbres dépourvus de grands lambeaux d’écorce sont les victimes de son grand appétit. Le randonneur silencieux maximise ses chances d’admirer ce géant de nos forêts. Ayant l’oreille fine, il ne laisse souvent apercevoir qu’une grande silhouette sombre qui se dérobe en faisant entendre un pas lourd.

Traces
Le saviez-vous?

L’orignal n’a pas d’incisives supérieures. Elles sont remplacées par une plaque cartilagineuse. À la différence des rongeurs (porc-épic, marmotte, etc.) et des lagomorphes (lièvre) qui tranchent net les ramilles dont ils se nourrissent, les cervidés arrachent les tiges et les brindilles en les pinçant entre leurs incisives inférieures et leur palais.

Régime alimentaire et milieux humides

L’orignal est un ruminant. En été, il se nourrit du feuillage des arbres, des arbustes et de plusieurs espèces de plantes aquatiques comme le nénuphar, la vallisnérie, la prêle et la sagittaire. Il passe plusieurs heures par jour dans l’eau, la tête submergée pour saisir les plantes. Il est particulièrement attiré par les sources naturelles d’eau minérale, car il cherche aussi à satisfaire ses besoins en minéraux.

zone humideLes milieux humides ont une immense valeur écologique. Bien que n’occupant qu’une très faible portion de la surface terrestre, ils abritent néanmoins une très grande concentration d’espèces : plantes riveraines et aquatiques, invertébrés, poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères. Ils agissent comme des stations naturelles d’épuration et participent ainsi à la préservation de la qualité de l’eau. Les milieux humides sont malheureusement en régression à travers le monde. Irrigation, drainage, industrialisation, pollution, remblaiement et urbanisation n’ont cessé de réduire leur superficie.

ICI, au parc

En période estivale, l’orignal fréquente surtout les sapinières à bouleaux et les quelques milieux humides situés dans les hauteurs du Massif du Sud. Il fait des aller-retours entre ces deux habitats, trouvant feuillage et repos dans l’un, rafraichissement et plantes nutritives dans l’autre. Il est donc capital de protéger les milieux humides du parc afin de maintenir la population d’orignaux et celle de nombreuses autres espèces qui dépendent de ces écosystèmes.

En 2014, les MRC de Bellechasse et des Etchemins ont conclu une entente avec le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs du Québec pour encadrer l’aménagement et l’exploitation forestière du parc. Ainsi, aucune coupe forestière n’est permise à l’intérieur d’une bande de protection de vingt mètres des milieux humides et des cours d’eau. Au-delà, dans la lisière située entre vingt mètres et cent mètres, les coupes ne peuvent dépasser 40% du couvert forestier. Au Massif du Sud, l’intégrité écologique des milieux humides bénéficie donc d’un niveau de protection supérieur.

Le saviez-vous?

L’orignal peut plonger pour atteindre des plantes situées parfois à plus de cinq mètres de profondeur. Il lui arrive de rester sous l’eau près d’une minute s’il le faut. Il possède des narines obturables qui lui permettent de plonger la tête sans faire entrer d’eau dans ses voies respiratoires.

La survie en hiver

Durant la saison hivernale, l’orignal recherche idéalement des forêts mélangées composées de peuplements densément résineux auxquels se mêlent des parcelles plus jeunes et plus ouvertes, riches en arbustes et jeunes feuillus. Les peuplements résineux lui permettent de s’abriter du vent et de la neige tandis qu’il trouve sa subsistance dans les aires de jeunes repousses suivant une infestation de tordeuses, un feu, un chablis ou une coupe forestière. Il y mange l’écorce, les ramilles et les bourgeons d’une variété d’espèces ligneuses, dont le sapin baumier, l’érable à épis, le bouleau, le peuplier, le sorbier, le saule et la viorne.

ICI, au parc

Les habitats situés dans les hauteurs du Massif du ecorceorignalSud répondent très bien aux besoins de l’orignal en saison hivernale puisqu’on y trouve des sapinières d’âges variés. Les puissantes rafales de vent qui balaient les sommets détruisent occasionnellement des portions de vieux peuplements. Ces ouvertures laissent place à une jeune végétation, abondante en ramilles tendres dont l’orignal est friand. Les activités forestières, permises uniquement sur certaines portions du territoire, favorisent aussi les populations d’orignaux en rajeunissant des parcelles de forêts.

En plein cœur de l’hiver, il n’est pas rare que la neige s’accumule au point de ralentir et de fatiguer les orignaux dans leur déplacements. Ils peuvent alors se rassembler en petits groupes de deux à huit individus dans les sapinières denses où la neige est un peu moins épaisse. Ils y tracent un réseau de sentiers qu’ils quittent rarement et qui leur permet de se déplacer plus facilement pour accéder à leur nourriture. On appelle ravages les dommages causés à la végétation par l’intensité du broutage des orignaux en ces lieux. Des ravages d’orignaux sont visibles en de nombreux endroits du parc en raison de la très forte densité de cet animal sur ce territoire.

La reproduction de l’orignal

La période de « rut » s’étend de la mi-septembre au début du mois d’octobre et se prolonge parfois jusqu’à la fin novembre. Les femelles poussent alors des cris d’appel qui portent à plus de trois kilomètres. Les mâles émettent, pour leur part, des cris rauques et brefs, frottent leurs bois aux arbres et s’affrontent en croisant leur panache. Ils creusent des trous avec leurs pattes dans lesquels ils urinent et se roulent pour y attirer les femelles. Ces petites fausses creusées constituent d’importants points de rencontre entre mâles et femelles. Le mâle reste avec la femelle jusqu’à l’ovulation, mais, par la suite, se reproduit avec d’autres femelles au cours d’une même saison.

Nombre de portées et de petits

Mère et petitLes petits, appelés faons, naissent après une gestation d’environ huit mois. La mise-bas survient à la fin du mois de mai ou au début de juin, souvent sur une rive ou une île buissonneuse. L’orignal n’a qu’une portée par année, d’un ou de deux, plus rarement de trois faons. Les jeunes ont un pelage brun-roux clair non tacheté. Ils sont capables de marcher quelques minutes après leur naissance et, après quelques semaines, ils peuvent suivre leur mère dans ses déplacements, même à la nage. Ils sont sevrés en septembre (à quatre ou cinq mois), mais accompagnent leur mère jusqu’à dix jours avant l’arrivée de la portée suivante. Ils atteignent la maturité sexuelle à l’âge de dix-huit mois. Cependant, les femelles s’accouplent rarement avant l’âge de deux ans et demi et les mâles, avant cinq ans. L’orignal peut vivre vingt ans dans son environnement naturel. En captivité, son record de longévité est de vingt-sept ans.

Le saviez-vous?

Le faon profite de la croissance la plus rapide de toutes les espèces de gros mammifères. Le nouveau-né, qui pèse entre 11 et 16 kg, verra sa masse corporelle multipliée par 13 après seulement six mois! Sa croissance est achevée à l’âge de six ans.